Les « nouveaux » acteurs de la Qualité en formation 2/2 (fin)

Comme cela a été expliqué dans les précédents articles, les financeurs sont au cœur du décret Qualité. C’est donc à eux qu’incombe la lourde responsabilité de s’assurer de la capacité des organismes de formation à dispenser des formations de qualité. Or, il s’agit bien là d’une mission à part entière, voire d’une vocation pour des professionnels de la certification qui en ont fait leur métier quand celle des financeurs est de… financer. Cependant, compte tenu de sa nature, cette nouvelle mission n’est pourtant pas incohérente, elle est même complémentaire. Si ce n’est qu’une mise en œuvre non coordonnée risque d’être lourde de conséquences pour tous  
  • La situation des financeurs à quelques mois de l’échéance
Les financeurs n’avancent pas tous au même rythme et surtout n’appréhendent pas leur nouvelle mission de la même manière. Cela tient à plusieurs raisons : le rapport à la qualité des formations, l’interprétation du décret, une légitime volonté d’autonomie, une vision à l’échelle d’un territoire ou un champ d’intervention territorial (avec en plus une fusion à gérer pour certains) … Une multitude de facteurs internes et exogènes compliquent l’application du décret au sein même d’une catégorie de financeurs. Prenons l’exemple des OPCA, quand certains se sont emparés du décret Qualité dès sa sortie pour l’appliquer cette année, d’autres n’ont pas encore effleuré le sujet sur leur site Internet. Pour la catégorie d’OPCA déjà prête et qui applique par anticipation le décret, leur procédure interne d’évaluation se veut plutôt stricte sur le plan administratif. Néanmoins, cela constitue, pour l’instant, un « soulagement » pour les organismes de formation qui interviennent dans le champ de ces OPCA. En effet, ils ne se voient pas conditionnés l’accès aux financements de l’OPCA à l’affichage systématique d’un label ou d’une certification Qualité dont on rappellera, que pour l’organisme de formation, elle n’est pas obligatoire. Ainsi, certains OPCA élaborent ou ont élaboré une procédure interne d’évaluation, d’autres ont constitué une commission chargée d’auditionner les organismes de certification, d’autres encore s’approprient leur nouvelle mission à partir de réunions inter-OPCA organisées par le FPSPP (la tête de réseau des OPCA)… bref, les OPCA avancent plus ou moins vite, mais surtout en ordre dispersé. Dans ces conditions, l’application du décret Qualité risque d’être totalement contre-productive pour tous : les OPCA, les prestataires de formation, les formateurs, les prescripteurs et les apprenants.  
  • Impacts pour les OPCA et pour notre système de formation
Le FPSPP n’a pourtant pas ménagé ses efforts en mobilisant dès 2015 des représentants d’OPCA dans des groupes de travail dans la perspective d’une application commune et cohérente du décret. Cependant dans un système de formation déjà « cloisonné, corporatiste et complexe », il est difficile de partager une analyse systémique dont chacun pourtant pourrait en tirer un réel bénéfice. Prenons l’exemple suivant : En 2017, dirigeant d’une entreprise de 90 salariés, la mise en œuvre de mon plan de formation m’impose de faire appel à différents prestataires. Je n’ai pas de RRH et n’ai jamais entendu parler du décret qualité qui a priori ne me concerne pas. J’ai une centaine d’autres priorités, dont celle de former mes collaborateurs à l’évolution de leur emploi. J’envisage de faire appel à plusieurs prestataires dont à 3 ou 4 que je connais et qui m’ont toujours apporté, ainsi qu’à mes salariés, entière satisfaction. Avec la contribution unique (1%), mon versement au titre du plan de formation à mon OPCA, soit 0,10% de ma masse salariale (MS), sera largement insuffisant pour financer mes besoins de formation dont j’ai évalué le budget à 1,1% de ma MS.
  • Quelles sont mes hypothèses ? Comment cela va-t-il se passer ?
Mon budget formation (1,1% de ma MS) Mon OPCA Mon prestataire de formation
Je le verse à mon OPCA Interroge mes prestataires : certification ? label ? Si non, l’OPCA présente sa procédure interne d’évaluation. Contrôle, valide, finance. Pour être payé, présente sa certification… Et comme elles ne se valent pas toutes, n’échappe pas à la procédure interne d’évaluation de l’OPCA
Je le gère en direct (transaction entreprise et prestataire sans passer par l’OPCA) Ne reçoit pas de versement volontaire. Dispose de moins de ressources financières. Organise les formations selon le calendrier prévu. Doit toujours respecter ses obligations de prestataire sur le plan législatif et règlementaire
 
  • Bien que ce cas ait été volontairement simplifié (pas de versement conventionnel obligatoire…), il n’en reste pas moins très proche de la réalité d’une PME qui :
  • peut potentiellement se priver de cofinancements proposés par l’OPCA lui permettant d’optimiser son budget formation,
  • souhaite avant tout la simplicité d’autant qu’aucune certification qualité ou procédure interne d’évaluation n’est en mesure de garantir à 100% la qualité d’une formation.
 
  • Message aux OPCA et… à tous les financeurs concernés par le décret
Evidemment, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas tendre vers la qualité. Il faut s’armer de pédagogie pour mobiliser les organismes de formation et formateurs dans une démarche d’amélioration continue. Cette approche doit être préventive et collaborative, et non pas restrictive et punitive. Si, au nom de la qualité, on doit conditionner les choix des entreprises à travailler avec des prestataires de formation, on ne doit pas contraindre ces derniers à se soustraire à autant de procédures internes d’évaluation qu’il y a de financeurs. Sur l’autel du décret qualité, nous allons sacrifier un temps précieux et de l’investissement qui pourraient être consacrés à l’ingénierie des formations, à de nouvelles méthodes pédagogiques, à la digitalisation des parcours, à la recherche et au développement en formation… bref, à l’amélioration continue. Aux OPCA et aux Fongecif qui maîtrisez la mutualisation des fonds de la formation, mutualisez aussi vos compétences et vos ressources sur les conditions d’accès à vos financements, dans l’application du décret qualité. Œuvrez pour une solution commune au-delà des travaux auxquels vous avez déjà participés au FPSPP… sans bureaucratiser un marché de la formation tout juste libéré de contraintes fiscales. Des solutions existent permettant d’optimiser vos ressources dans un contexte où la collecte est à la baisse, où les entreprises réduisent leur budget, internalisent ou digitalisent de plus en plus leurs formations…. Parmi ces solutions, une initiative, lancée par une association il y a plus d’un 1 an, vous sera proposée en conclusion de cette série d’articles. Contactez-moi pour rejoindre maintenant le groupe de financeurs déjà engagés dans cette solution commune, qui respecte les spécificités de vos branches professionnelles et leur politique de financement et, tout autant vos clients « entreprises » que les prestataires de formation qui seront l’objet du prochain article. A tous les professionnels de la formation et des RH, aux formateurs et étudiants, merci de votre fidélité, de vos commentaires et partages de ces articles. Retrouvez ce dossier qualité complet et plus encore dans votre Espace Personnel (après création de votre profil).

Frank SAVANN