Livre Blanc sur la Qualité à l’usage des Prestataires de Formation (8/8)

L’impact de la réforme sur le marché de la formation, par le contrôle et au nom de la qualité, devrait créer une nouvelle distribution des profils de prestataires de formation. Ces profils seront déterminants, au point d’agir directement sur les relations entre prestataires et clients professionnels et, surtout entre prestataires et financeurs. Si vous n’êtes ni certifiés, ou ni référencés, vous découvrirez comment vous préparer avec méthode et dans les meilleures conditions au décret qualité. Par ailleurs, le site qualif.fr vous permettra de télécharger ce Livre Blanc et d’accéder gratuitement à un diagnostic de référencement élaboré sur la base du référentiel qualité des financeurs.   
  Le nouveau profil des prestataires
  Nous nous orientons vers un marché de la formation qui devrait se structurer autour de 3 nouveaux profils de prestataires : les prestataires référencés, les prestataires certifiés et les « prestataires neutres ».  
  • Les prestataires référencés
Représentant potentiellement la très grande majorité des prestataires en France, ils se distingueront par leur capacité à se conformer aux référentiels qualité des financeurs. Plus un prestataire cumulera les référencements auprès de divers financeurs, plus il rassurera ses clients et donc… plus il étendra son marché. Ce profil, a priori accessible à tous, ne s’acquiert pas sans contrepartie.  
  •  Les prestataires certifiés
Pour le législateur, toutes les certifications ne se valent pas. Et c’est au CNEFOP qu’il appartient de déterminer celles qui sont conformes au décret qualité. Sur plusieurs dizaines de certification, seules 12 (cf. annexe 2 du Livre Blanc) à ce jour, ont reçu l’approbation du CNEFOP, véritable sésame pour être reconnu par les financeurs, et dispensant a priori les prestataires de passer par le filtre du référencement. Ce profil de prestataires se répartit donc en 2 catégories :
  • Les « prestataires certifiés Cnefop » dont la certification est déjà inscrite sur la liste du CNEFOP ou en passe de l’être (un dossier a déjà été déposé par leur organisme de certification ou il prépare un 2ème passage après avoir revu sa copie). Ce profil apportera aux clients la garantie d’une conformité du prestataire avec le décret qualité et donc sa reconnaissance de fait par les financeurs. Ainsi, tous les prestataires certifiés ne se valent pas selon les critères du décret… seules comptent les certifications inscrites sur la liste du CNEFOP.
  • Les autres « prestataires certifiés » dont la certification ou le label n’ont pas été retenus ou déposés au CNEFOP car trop éloignés des critères du décret. Cela n’enlève rien de la valeur de leur certification dont l’intérêt se limite à un cercle professionnel spécifique.
 
  • Les prestataires neutres (ni référencés, ni certifiés) que l’on définit par leur choix, volontaire ou pas, de ne pas de faire référencer par un financeur ou de ne pas investir dans une certification ou label Qualité. Ces profils n’en sont pas moins légitimes pour intervenir légalement et qualitativement en tant que prestataire de formation. Cela peut être le cas, par exemple, du centre de formation d’une entreprise juridiquement détachée. Les flux financiers (prestation-facturation), certes non optimisés, circulent alors simplement entre l’entreprise et le prestataire de formation sans intermédiation financière.
 
Entre certification et référencement
  Le « tout qualité » par la certification ou le référencement que l’on peut autant garantir que le risque zéro, n’est déjà pas sans incidence sur le marché de la formation.   Les grands gagnants du décret Qualité sont les organismes de certification qui croulent sous les demandes des prestataires de formation. Il est intéressant d’observer que la dynamique qualité, qui bouscule le paysage de la formation professionnelle en France, se développe de manière exponentielle et irrationnelle sous la contrainte réglementaire. En effet, le choix d’investir dans une certification relève d’une stratégie à long terme en tenant compte des impacts organisationnels, en termes de processus, de ressources financières, humaines, matérielles…, que génère ce type d’investissement.   Or, tous les organismes certificateurs ont reçu des demandes par centaines dans les heures qui ont suivi l’inscription de leur certification sur la liste du CNEFOP. Mieux, le patron d’un organisme de certification me disait encore cette semaine « notre chiffre d’affaires progresse alors que nous ne sommes même pas sur la liste du CNEFOP ». Une folie certificatrice emporte aujourd’hui des centaines, voire des milliers, de prestataires de formation qui ne prennent pas le recul, pourtant nécessaire, pour identifier et idéalement comparer la certification qui correspondrait le mieux à leur organisation et évidemment à leur stratégie. Pour les acheteurs, c’est une bonne nouvelle parce que cette montée en puissance du nombre de certifications va potentiellement toutes les placer au même niveau. Quand la certification était valorisée par une minorité de prestataires (même si le chiffre d’affaires cumulé de cette minorité est inversement proportionnel), elle offrait une garantie qui justifiait des coûts de formation sensiblement plus élevés. La certification, comme gage de qualité, avait valeur d’exception dans un marché ou moins de 5% des prestataires en étaient détenteurs. Mais demain, dans les appels d’offres, quand la certification sera érigée en norme, sur quoi portera la négociation ? Entre deux produits affichant un label Bio, qu’est-ce qui vous amènera à en choisir un plutôt qu’un autre ?  
Les financeurs et le référencement
 L’incroyable aubaine des certificateurs vient aussi du fait de la non préparation des financeurs, à quelques mois de l’échéance, alors même qu’ils sont les premiers visés par le décret. Où en sont les régions qui représentent pourtant le 2ème financeur en France ? Quelle est la stratégie de Pôle Emploi en matière de qualité ? Que font l’Etat et l’Agefiph pour assurer leur mission de contrôle conformément au décret ? Seuls les OPCA au niveau national, réunis en groupe de travail au Fonds Paritaire de Sécurisation des Parcours Professionnels, se sont organisés pour élaborer un référentiel commun dans un souci de simplification. Cette initiative devrait offrir l’alternative suprême du référencement pour tous les prestataires qui s’interrogent encore (ou pas du tout) sur la pertinence d’aller vers la certification. Contrairement à la certification, il est vrai que le référencement présente l’inconvénient d’un nombre de démarches, voire lourdeurs administratives, proportionnelles au nombre de financeurs auquel le prestataire, dans son marché, va être confronté. Ce qui, en soi, représentera aussi un coût non négligeable en temps passé et en organisation. En outre, le référencement ne peut pas se prévaloir d’un titre ronflant tel que « Label » ou « Certification ». Mais la donne pourrait changer si les financeurs se mobilisent plus activement dans le référencement pour y reconnaître les efforts déployés par des milliers de prestataires pour qui la qualité par la certification n’est tout simplement pas adaptée. La stratégie de référencement des prestataires par les financeurs est donc essentielle. Tout autant bousculés par la réforme, elle sera aussi pour les financeurs l’opportunité d’un nouveau positionnement notamment en matière de conseil auprès des entreprises. La liste des prestataires référencés qu’ils produiront sur la base de leur propre référentiel pourrait devenir une « norme » en matière de qualité qui n’aurait rien à envier à celles des organismes de certification. Il faudra du temps, et beaucoup de pédagogie, avant que les entreprises comprennent que les certifications et labels inscrits sur la liste du CNEFOP partagent avec le référencement un référentiel qualité élaboré sur les 6 mêmes critères du décret Qualité.  
Prestataires, il est urgent de… comparer
Souhaitée ou contrainte, la qualité constitue de toute façon un investissement qui nécessite de mener une réflexion stratégique en intégrant une analyse comparative de ce que propose le cadre réglementaire d’abord, le marché ensuite.  
  • Se faire accompagner est un préalable
Avant d’opposer les offres de certification les unes aux autres, il vous faut comprendre objectivement le décret pour mieux appréhender les enjeux et les impacts pour votre organisation, ce qui vous permettra d’esquisser votre stratégie qualité. Pour les non-initiés, ou ceux qui souhaitent approfondir le sujet, un accompagnement est possible par une formation action dont les coûts peuvent être pris en charge par votre OPCA. Il existe, en effet, une enveloppe consacrée à l’accompagnement des prestataires de formation afin de leur permettre de mener à bien cette transition inévitable. Il serait dommage de s’en priver.  
  • Comparer entre le référencement et la certification
Après que vous ayez fait la lumière sur les enjeux de la qualité pour vous, en tant que prestataire de formation, le premier choix à opérer est celui entre le référencement et la certification dans la mesure où les deux options proposent un référentiel très proche puisque le socle commun reprend les 6 critères du décret qualité. Les questions qui se posent ensuite pourraient être : est-ce que je peux me contenter du référencement ? Pourquoi dois-je m’orienter vers une certification ? Vous devriez trouver des éléments de réponse à ces questions par un accompagnement et les ressources qui seront mises à votre disposition sur qualif.fr  
  • Comparer les certifications entre elles
Tous les certifications, actuelles et à venir, inscrites sur la liste du CNEFOP ne sont pas adaptées à tous les prestataires de formation. Il vous faut donc comparer ces certifications par rapport à votre organisation, les moyens humains et financiers que vous êtes prêts à mobiliser à moyen long terme. Encore une fois, opter pour une certification doit être pris comme un investissement stratégique et non pas seulement une clé d’entrée aux financements de la formation professionnelle. Donc, n’hésitez pas à confronter les offres de certification, vous en ressortirez gagnant.    
Qualité de la formation et innovation pédagogique
Derrière un cadre réglementaire rigide qui définit un accès aux financements sous conditions, cette réforme de la formation offre néanmoins quelques belles opportunités pour les meilleurs d’entre nous, et ce quel que soit sa taille. En effet, si paradoxal que cela puisse paraître, le décret devrait contribuer à faire évoluer le rapport à la formation en France, trop longtemps sous le joug de lourdeurs administratives et fiscales. Celles-ci ne disparaîtront pas totalement mais la qualité de la formation par le référencement constitue déjà une première étape intéressante sous réserve que les financeurs se posent comme partenaires des prestataires. La qualité co-construite par le couple financeurs-prestataires dépendra du processus de référencement (accessible, fluide, digital…) dont l’efficacité réduira en outre le coût des contrôles pour les financeurs. Les formations digitales, concernées par le décret au même titre que les formations présentielles ou multimodales, devraient également favoriser cette nécessaire transition vers plus de qualité quels que soient les modes d’apprentissage ou les outils utilisés. Il est essentiel de soutenir l’investissement dans l’innovation pédagogique (nouvelles approches, nouveaux outils…). Les prestataires audacieux doivent ainsi être accompagnés et soutenus, pas seulement parce qu’ils brandissent le drapeau d’une certification ou d’un référencement. Excellente préparation.

Frank SAVANN