Qualité en formation : professionnels, quels choix s’offrent à vous ?

En s’immisçant dans le marché de la formation, le décret Qualité impactera inévitablement les relations entre professionnels, ainsi que celles entre prestataires et apprenants. Les centres de formation devront se livrer, auprès des financeurs de leurs clients et prescripteurs, à une forme d’investigation afin d’identifier les conditions auxquelles ils devront se soumettre pour être payés. Les entreprises, ou les apprenants engagés dans des démarches individuelles, apprécieront selon la ou les sources de financement mobilisées des modalités plus ou moins longues de prise en charge. Ce qui est certain, c’est que la multiplicité des procédures d’évaluation – une par financeur – et l’apparition soudaine de nouvelles certifications Qualité – 3 fois plus – n’annoncent pas une simplification de notre système de formation.
Doit-on nécessairement opposer « formations de qualité » à la simplicité d’accès ? Si nous sommes tous concernés pas la qualité, doit-on tous être impliqués ? Pour le prestataire de formation, 3 pistes sont à explorer dont une en particulier.  
  •  Ce qui attend les entreprises et les apprenants
Quel est le point commun entre un salarié qui s’engage dans un congé individuel de formation (CIF), un demandeur d’emploi qui mobilise son compte personnel de formation (CPF), une entreprise qui recrute un jeune en contrat de professionnalisation ? Chacun d’eux devra compter sur son prestataire de formation d’être en capacité de respecter la procédure du financeur ou de présenter une certification reconnue. Chacun d’eux ne le sait pas encore, mais cette démarche risque d’être dissuasive pour celui qui imaginait qu’à l’heure du CPF et de l’incitation individuelle à prendre en main son évolution professionnelle, tout deviendrait plus simple. Pour l’entreprise, sa seule et unique marge de manœuvre est son plan de formation dont elle peut garder la maîtrise tant sur le plan budgétaire que sur le choix des prestataires. Un luxe qui sera l’apanage des entreprises de 300 salariés et plus, dont le passage à la contribution unique, incite déjà certaines d’elles à gérer en interne leur budget formation donc sans recourir aux services d’un financeur. Un luxe que paiera au prix fort toute entreprise qui, au prix d’une liberté de partenariats sans concession, se privera d’une optimisation budgétaire permise par d’habiles stratégies de cofinancement offert par son OPCA. Quant au salarié qui, à titre individuel, sollicitera un financement au titre CPF, du CIF, de la période de professionnalisation, d’un congé VAE devra s’assurer que son organisme de formation respecte la procédure d’évaluation du financeur. En revanche, ce même salarié qui financera lui-même sa formation ne bénéficiera pas de cet encadrement règlementaire censé lui garantir « une formation de qualité ». Pourtant, le montant des dépenses de formation assurées par les ménages, représentait quand même en 2013, selon la DARES, la pacotille de 1,359 milliard d’euros.  
  • Ce à quoi doivent se préparer les organismes de formation
En application du décret Qualité, les organismes de formation se classent aujourd’hui en 2 catégories :
  • Les détenteurs d’une certification qualité ou d’un label qui devront patienter jusqu’à la parution de la liste publique du CNEFOP sur laquelle ils devraient – si tout se passe bien – retrouver leur certification qualité. Pour les domaines de formation non couverts par leur certification, ils pourront soit demander l’extension de son périmètre auprès de l’organisme de certification, soit s’en remettre à la procédure d’évaluation du financeur.
  • Les prestataires de formation qui n’affichent pas de certification représentent la très grande majorité des opérateurs du marché. Beaucoup s’interrogent encore sur leur obligation d’investir dans une certification qualité, d’autant que le nombre de celles-ci a triplé en quelques mois. Laquelle choisir ? Laquelle leur convient ? Est-ce obligatoire ? Pas forcément.
Dans tous les cas, la plupart des prestataires des deux catégories devrait se soumettre aux grilles d’évaluation des financeurs. En effet, comment un financeur va-t-il apprécier la valeur d’une certification par rapport à une autre ? Et, comment en fonction de son appréciation intrinsèque d’une certification va-t-il en toute ou partie dispenser le prestataire des critères de sa propre grille d’évaluation interne ? Dans le cas où le financeur déciderait d’aligner toutes les certifications retenues sur la liste du CNEFOP, il dévaluerait les plus reconnues. En les plaçant toutes au même niveau, il tiendrait compte de la démarche qualité engagée par les prestataires de formation mais il dévaloriserait la valeur des certifications qualité… appliquée au domaine de la formation. Les prestataires de formation auraient alors tout intérêt à choisir la certification la moins chère inscrite sur la liste du CNEFOP.  
  • 3 choix s’offrent aux organismes de formation, dont un en particulier
  • Choix n° 1 : les prestataires de formation comprennent ainsi qu’investir dans une certification qualité ne devrait pas les dispenser des procédures d’évaluation des financeurs. Celle-ci devrait au mieux leur en faciliter l’accès. Ce choix doit donc être volontaire et indépendant du cadre règlementaire. Guidé par une finalité commerciale, il vise l’accès et le maintien à long terme à un système de management offrant au client la solidité d’une structure ou d’une personne, favorisant ainsi une certaine bienveillance dans les appels d’offre.
  • Choix n°2 : les prestataires peuvent décider ne pas investir dans une certification. Ils devront alors apprendre à s’approprier autant de procédures d’évaluation interne que de financeurs mobilisés au travers de la diversité de leurs apprenants d’une même session : demandeur d’emploi financé par le Conseil Régional, salarié au titre du CPF…. Ce choix est à privilégier pour des intervenants spécialisés dans un domaine technique, intervenant dans peu de secteur d’activité ou travaillant en direct avec leurs prescripteurs. Le décret sera alors sans incidence sur leur activité de formation.
  • Choix n°3 : les prestataires des choix 1 et 2 peuvent aussi exiger une harmonisation des procédures d’évaluation des financeurs. Cette solution est d’autant plus intéressante qu’elle est compatible avec les choix précédents tout en optimisant les ressources des financeurs. Après 18 mois de travaux mobilisant des centres de formation et des financeurs, une initiative portée par une association prend forme. Celle-ci vise une procédure d’évaluation unique pour tous les financeurs (OPCA, Conseil Régional, Pôle Emploi…) dont le socle commun est le décret. D’ici quelques semaines, cette solution devrait permettre à tous les prestataires de formation d’évaluer leurs pratiques au regard des critères du décret. Et s’ils ne sont pas en conformité, elle leur indiquera sur quels points tout en leur apportant les moyens (ressources, documents…) de le devenir. Simple et didactique. Cette solution n’aborde pas la qualité au sens « certification » mais accompagne les structures dans une démarche d’amélioration continue conforme au décret. Plus les prestataires de formation seront nombreux sur ce 3ème choix, plus les financeurs rejoindront cette solution.
 
  • Vous êtes intéressé(e) par le choix n°3 et souscrivez à l’initiative portée par ce collectif. Si vous êtes prestataire de formation, titulaire d’un numéro d’activité de formation, et souhaitez bénéficier d’un diagnostic qualité sur la conformité de votre structure et de vos pratiques avec le décret, envoyez un mail avec vos coordonnées à decretqualite@gmail.com Un délai d’attente est possible mais votre demande sera prise en compte.
Qualité en Formation & Financeurs